Des douleurs invisibles

Je fais ma vie, travail, sport, famille, amis. Je souris, je rit. Je peux dire que j’ai une vie qui me ressemble de plus en plus, dans laquelle je commence enfin à m’épanouir.

Mais par moment, j’ai cette nouvelle ou cette interrogation qui me fait mal, je le cache jusqu’à ce que je sois seule pour verser les larmes.

Cette question: « tu as des enfants? » et quand je répond « non » : « tu n’en veux pas? »…

Le dernier coup de blues? Ma meilleure amie qui m’a annoncé sa grossesse. Elle est comme une sœur (18 ans d’amitié quand même!). Quand elle me l’a dit, j’étais extrêmement et sincèrement heureuse pour elle. J’ai hâte de la voir pouponner! Je sais qu’elle sera parfaite dans le rôle de petite maman, elle qui est la simplicité, la gentillesse incarnée. Elle a déjà tout de la petite maman protectrice.

Mais une fois seule, la douleur sourde que j’en fouillis re-surgie et c’est comme un trou béant. Un trou dans la poitrine.

Je suis infertile (pour ne pas dire stérile) avec un utérus cicatriciel et une Endométriose à surveiller. La totale!

Je le sais depuis très jeune. A l’âge de 11 ans, on m’a découvert un utérus dit « Bicornes » cloisonné, c’est à dire avec une cloison sur toute la longueur qui isolait ma trompe droite.

Le médecin a dit à mon père qui m’accompagnait que je ne pourrais pas avoir d’enfant. Le choc pour ma mère quand elle a su. Je me rappelle, elle pleurait toutes les larmes de son corps. Avec le recul, elle culpabilisait car c’est une malformation qui se fait au stade foetal. Alors qu’au final, elle n’y était pour rien, c’est la nature qui en a décidé ainsi. Elle m’a emmené voir une gynécologue qui lui a confirmé le verdict.

J’ai grandi sans trop me poser de question sur le sujet. Puis est venu le moment fatidique de cette envie d’enfant. Cette envie comme on m’a dit qui vous vient sans prévenir mais que ne vous lâche pas, qui vous prend aux tripes.

On m’a alors conseillé d’aller voir un chirurgien spécialisé dans les malformations utérines. S’en est suivi une multitude d’examens avant d’envisager une opération.

Le jour de l’opération arrive. Et là, j’ai cette petite voix qui dit: « allez, après ça, tu seras peut-être une femme normale ». Et oui, pour moi, je n’étais pas normale.

Sauf qu’au moment du réveil, rien, aucune douleur, je bouge les jambes sans difficultés. L’infirmière m’explique que le médecin n’a rien pu faire. Quand à son tour il vient me donner le compte rendu de l’opération, il n’a pas trouvé l’extrémité de la cloison, elle serait peut-être liée à la paroi de l’utérus ce qui signifie que toute section est impossible.

Je rentre chez moi et passe un mois à pleurer.

On me conseille alors d’aller voir une spécialiste de la stérilité. Après tout j’ai une trompe accessible et un utérus, plus petit que la normale mais qui sait.

Je prend donc le RDV à HFME à Lyon. La spécialiste est formelle, elle peu m’opérer et derrière avec un traitement hormonal, espérer une grossesse.

Encore de nombreux examens, certains douloureux, desquels je sors en pleurant (encore). La deuxième opération arrive presque un an après la première. La chirurgienne réussi, elle a presque réséqué la totalité de la cloison, libéré la trompe droite mais il y a eu des complications, je dois garder une lame de delbet en forme triangulaire cousue aux parois de l’utérus afin de le maintenir en place pendant un mois.

Autre coup dur… Lors de l’opération malgré tous les examens antérieurs, elle me dit que j’ai de l’endométriose (la maladie du siècle chez les femmes) mais que vu l’importance de l’étendu il faudra envisager des traitements après grossesse si grossesse il y a un jour.

Elle m’avait dit ce jour là: « ne vous en faîtes pas, vous aurez un beau bébé l’année prochaine… »

Une fois remise de l’opération, la lame de delbet enlevée, je commence les traitements de PMA: Prise de température tous les matins ( le côté glamour), médicaments oraux, piqûres à me faire seule ( j’ai mis au moins 20min la première fois avec la seringue en direction de mon ventre. Je m’en suis même fait un bleu à force de pincer la peau…), et rapports tous les deux jours (comment casser la spontanéité dans une vie de couple!).

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J’ai pris pas moins de 8kg, de l’acné sur le visage, dans le dos, une perte de confiance en moi, les copines qui tombaient enceintes les une derrière les autres. Et moi? Tests de grossesse négatif chaque mois…

Je revois la spécialiste… Pour elle, il faut finalement traiter l’Endométriose et retenter la PMA jusqu’à la FIV après. Seule solution? La ménopause artificielle, soit une injection qui vous met en ménopause pendant au moins six mois avec tous les symptômes qui vont avec… une horreur… autre problème? les six premiers mois ne suffisent pas, je dois avoir une deuxième injection.

Je n’en peux plus, j’en suis à presque 12kg au total de pris et je ne vous parle pas de mon aspect physique. Mon visage ressemble à celui de Deadpool…

La ménopause artificielle se termine. Je refuse la poursuite des traitements de PMA, je refuse la FIV. J’arrête toute hormone. Mon conjoint de l’époque (et ex-mari à la rédaction de cet article) est d’accord pour qu’on entame une procédure d’adoption.

Je me reprends en main, reprend le sport, perds du poids…

Nous passons haut la main tous les entretiens de psychologue, d’assistante sociale, nous avons un dossier en béton pour l’accueil d’un nourrisson. Juillet 2016, nous avons l’agrément. Il ne restait plus qu’à attendre le fameux coup de fil qui aurait fait de nous des parents.

Mais la vie en a décidé autrement, il en a décidé autrement. Il m’avoue que le projet d’adoption était le mien et non le sien. Gros coup de massue. Cela mélangé à bien d’autres raisons ont fait que je me suis éloignée de lui, comme lui c’était éloigné de moi des longs mois auparavant.

Cela va faire un an que j’ai tout plaqué, énormément de changements dans ma vie. Mais des changements positifs, je vis pour moi, je suis entourée des personnes pour qui je compte vraiment et qui sont restées là à chaque instant. Je m’épanouis dans mon sport, dans la cuisine pour laquelle j’ai repris goût, dans ma vie personnelle 😉

J’ai encore des traitements pour soigner les conséquences des traitements hormonaux antérieurs. J’ai perdu 15kg (bon, j’en ai repris 4 mais ça, chuttt) et je n’ai plus d’acné.

Même si la douleur de l’absence des rires, des pleures, des gazouillis d’un bébé est là. Au fond, j’essaye de me dire que je connaîtrais peut-être ce bonheur quand ça sera enfin le moment. En attendant, j’enterre à nouveau cette douleur sourde jusqu’au prochain événement qui me la fera ressentir une nouvelle fois car oui, je n’arrive pas encore à la contrôler.

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